L'aventure des langues en occident - Allemand

Publié le par Eric Balay

(p. 314-p. 332)

La vie sociale et universitaire du pays a gardé de nombreux termes latins, parmi lesquels :

ex : dekan : doyen; katheder : chaire; kompendium : abrégé...

La diversité dialectale se retrouve encore actuellement dans le pays. Le sud se retrouve entre l'alémanique à l'ouest (qui inclut l'alsacien en France, le schwytzertütsch en Suisse et auquel on peut rattacher le souabe), et l'austro-bavarois à l'est (qui se prolonge en Autriche). La zone centrale est dominée par le francique à l'ouest, et se partage entre le thuringien, le haut-saxon et le silésien à l'est.

C'est en 1687, à l'université de Leipzig, qu'a été donné le premier cours en allemand, mais cette langue n'a commencé à être enseignée dans les universités qu'au XIXème siècle. Même dans les régions où on le parlait, l'allemand ne l'avait été jusqu'au début du XlXème siècle que par les gens cultivés.

A partir de 1830, avec l'école devenue obligatoire et le développement de la presse, la langue allemande se généralisera et, avec la fondation de l'Empire allemand en 1871, son uniformisation sera vraiment réglementée. L'orthographe est désormais fixée selon une norme rendue publique en 1901 avec un Dictionnaire officiel pour l'orthographe allemande, établi sur le modèle de celui qu'avait publié Duden vingt ans plus tôt.

La prononciation aussi a été codifiée, et le dictionnaire de Siebs, d'abord publié en 1898 et périodiquement mis à jour, fait toujours autorité.

Certains mots en français ont des sens bizarres en allemand, en voici quelques échantillons :

ex : poussieren : flirter - (sich) blamieren : (se) rendre ridicule -fidel : gai, joyeux...

Certains /nots anglais ont été traduits en allemand, en voici quelques échantillons :

ex : liebhaberei : hobby - abendgessellschaft : party...

Depuis 1969, la région entre Çottbus et Dresde est déclarée zone bilingue : le sorabe y est admis comme langue officielle régionale à côté de l'allemand, dans l'administration et les tribunaux II est entré à l'école depuis 1950, et il est devenu la langue principale de l'enseignement dans certains établissements. Cependant, tous les habitants de Lusace sont aujourd'hui bilingues et on assiste depuis quelques dizaines d'années à un recul constant du sorabe.

La partie allemande de la péninsule du Jutland entre la partie nord et la Baltique, apparaît comme la région la plus polyglotte de l'Allemagne II s'agit du Land du Schleswig-Holsteim En 1920, les habitants de cette province furent appelés par voie de référendum à choisir entre la domination allemande ou danoise. Après le vote, la frontière s'est déplacée vers le sud, ce qui explique pourquoi l'on parle aujourd'hui danois dans ce petit territoire allemand situé au nord-ouest du Schleswig-Holsteim

Le francisque lorrain -appelé Lothringer Platt - se rattache à ceux de l'Allemagne moyenne (Rhénanie, Sarre, Palatinat) de la Belgique (Arlon, Saint-Vith) et du grand Duché du Luxembourg. II occupe en France plus de la moitié du département de la Moselle et une petite partie au Nord du Bas-Rhin, constituant ainsi la Lorraine germanophone et l’ »Alsace bossue", où ce parler germanique, aujourd'hui très fragmenté, existe depuis la chute de l'Empire romain.

Comme l'alsacien, le schwytzertütsch , langue traditionnelle de Suisse, est une variété de l'alémanique. Malgré son manque d'uniformité, le schwytzertütsch est la langue quotidienne de tous les habitants des cantons de la Suisse germanophone et du Lichtenstein. Il y connaît une grande vitalité.

L'allemand standard qu'on entend en Suisse présente quelques caractéristiques de prononciation, telles que les "r" roulés au bout de la langue, ou le suffixe -ig prononcé -ik, mais surtout quelques particularités lexicales :

ex : randensalat : salade de betterave; flauner : plumeau; nüsslisalat : mâche; kellöretli : montre de gousset...

L'allemand parlé en Autriche dans la vie publique et à l'école est l'allemand standard, qui est la seule langue officielle du pays, mais la population pratique tous les jours divers parlers austro-bavarois régionaux, variétés haut-allemandes proches de celles que l'on trouve en Bavière.

Les usages linguistiques de l'Autriche se regroupent d'ailleurs le plus souvent avec ceux de l'Allemagne du sud et de la Suisse, en se différenciant par plusieurs traits de ceux de l'Allemagne du nord. C'est ainsi que le suffixe diminutif -lein est plus fréquent dans le sud que dans le nord de l'Allemagne, où on lui préfère le suffixe -chen. De même, le Sud s'oppose au Nord pour la désignation du samedi (Samtag dans le Sud et Sonnabend dans le Nord) ou pour celle de cravate (krawatte dans le Sud et Schlips dans le Nord).

Certains autres éléments lexicaux permettent de reconnaître les germanophones d'Autriche :

En Autrichien

En Français

En Allemand

Nachtmal

Diner

Abendessen

Palatschinken

Crêpe

Pfannkuchen

Karfiol

Chou-fleur

Blumenkohl

Stiege

Escalier

Treppe

Kukuruz

Maïs

Maïs


 

Outre les parlers germaniques de type méridional déjà signalés, on trouve en Autriche deux autres groupes : une minorité hongroise dans le Burgenland, et une minorité Slovène dans la Carinthie du Sud. Le territoire de la langue Slovène s'étendait au IXème siècle très largement au nord et couvrait toute la Carinthie, la Styrie et la Pannonie, mais les populations ont été assimilées par des populations germaniques dès le Xème siècle, si bien que le Slovène a progressivement reculé. Par plébicite, la Carinthie méridionale a été attribuée à l'Autriche en 1920. On y trouve aujourd'hui une minorité de slovénophones, parmi lesquels ont distingue d'une part les Slovènes proprement dits, et de l'autre les Wendes, qui parlent le Slovène dans leurs conversations familiales mais dont l'identité culturelle est fortement germanisée.

Après la Première Guerre mondiale, la partie sud du Tyrol a été cédée à l'Italie, devenant la province italienne du Haut-Adige, avec des résistances de la population germanophone. En 1972 a été instauré un "statut d'autonomie" qui reconnaît le bilinguisme officiel de cette province, un bilinguisme italo-germanique qui semble se développer assez harmonieusement.

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