L'aventure des langues en occident - l'Espagnol

Publié le par Eric Balay

(p.  166 -p. 203)


Sur un total de 300 millions de personnes dont l'espagnol est la langue officielle, moins de 14 % vivent en Espagne.

Dans les Pyrénées, beaucoup de noms de lieux ont une origine basque, que l'on reconnaît à la présence de certaines formes comme "neuf", "rouge", "lieu", "ville" ou encore "fontaine".

N.B. : le Val d'Aran (en Catalogne) = le Val du Val où l'on parle l'aranais, dialecte occitan qui est une variété de gascon. Cette langue est devenue officielle le 28 juin 1990 (conjointement avec le catalan et le castillan).

 

Beaucoup de noms et de prénoms espagnols sont d'origine germanique, et plus spécialement wisogothique : leur sens premier est souvent lié à des qualités de force morale ou physique. Ainsi :

 

Adolfo         <       adal   "noble" +  wulf "loup"

Alfonso        <       all   "tout" +  funs "préparé"

Alvaro         <       all   "tout" + varo "prévenu, conscient"

Argimiro      <       hargis "armée + méris "fameux"

Fernando     <       frithu  "paix" + nanth "hardi"

 

Rodrigo       <       hroth   "gloire" + rie "puissanf

Rosendo      <       hroth "gloire" + sinths "direction"

 

Le lexique de l'espagnol reflète l'influence arabe de façon très impressionnante, tout d'abord sur le plan quantitatif. Selon une estimation approximative, le nombre d'arabismes lexicaux s'élèverait à plus de 4000 formes (cf. liste des arabismes, p. 177-178), dont 1500 toponymes. Si l'on s'en tient aux formes simples, ce qui exclut tous les dérivés, il resta  850 mots, soit plus  du double des arabismes en français, qui n'en compte que 420.

 

La langue basque connaît aujourd'hui plusieurs variétés, mais une sorte de "basque unifié" (Euskara batua ) tend à se dégager, qui prend pour base un compromis entre le navarro-labourdin, langue de référence habituelle dans le Pays basque français, et le guipuzcoan, qui est la forme de basque la plus volontiers prise pour norrme en Espagne, bien que le biscayen ait le plus grand nombre de locuteurs. Le premier livre basque ne date que de 1545. L'Académie de la langue basque, Eskualtzaindia, créée en 1919, en a fixé le système graphique, alors que jusqu'au XVIIIème siècle il suivait les règles du français en France et celles du castillan en Espagne.

 

Très anciennement implanté en Europe, le basque y a précédé les langues indo-européennes en laissant des traces aussi bien dans la toponymie que dans le vocabulaire usuel d’Espagne :

 

Ex : Illimberri "ville neuve"; pizarra "ardoise", le mot izquierdo qui signifie "gauche" vient du basque "moitié de main", c'est-à-dire "mauvaise main", la terminaison -erd signifiant "imparfait" en basque. Ce terme basque a évincé le mot d'origine latine , qui avait longtemps, en Espagne, existé en concurrence avec lui.


Pour être complet sur la langue basque, il faut souligner leur amour pour les termes affectifs qui ont une fonction hypocoristique :

Xagu < gentille petite souris (sagu : souris)

Gixon < cher petit homme (gazon : homme)

Pollit < mignon (polit : joli)

Uli < mouche (ulli : petite mouche)

Zilo < trou (xilo : mignon petit trou)

 

Le dialecte de Castille, destiné à devenir la langue de la plus grande partie de la Péninsule, n'apparaît cependant que tardivement par écrit, alors que les premières attestations écrites du navarrais et de l’aragonais datent du Xème siècle : il s'agit d'annotations à des textes latins, les glosas Emilianenies,  de San Millian de la Cogolla dans la Rioja) et les glosas silenses du monastère  de Silos, au sud-est de.Burgos), que le scribe a commentés en expliquant certains mots en navarrais et en aragonais (ainsi qu'en basque pour deux d'entre eux).

Le texte catalan le plus ancien date de 1171. mais c'est surtout au XIIIéme siècle, avec l'œuvre monumentale de Raymond Llull que le catalan s'impose comme langue littéraire. Elle est parlée par 4,5 millions de locuteurs en Espagne (où elle est devenue langue officielle en Catalogne en 1975) ainsi que par quelques centaines de milliers en France, dans le Roussillon.

 

C'est par le fenouil que le poète officiel des rois catholiques, Pedro Marcuello, lui-même aragonais, symbolisait Isabelle et Ferdinand.

 

Le dialecte des îles Canaries, dont la conquête s'est terminée au XVème siècle, contient de nombreux traits de l'Andalou, car c'est surtout des ports de l'Andalousie qu'étaient parties les expéditions colonisatrices. On y trouve plusieurs traits du vocabulaire hispano-américain : guagua : autobus ; carro : voiture ; papas : pomme de terre ...

 

C'est en 1815, dans la huitième édition de son Ortografia , que la Real Academia Espanola, créée en 1713, régla définitivement la norme orthographique entre le "x" et le "j", en réservant la lettre "x" au groupe "ks" (comme dans examen) et en la remplaçant par la lettre "j" dans tous les autres mots anciennement écrits avec "x" : caja (boite à lettres), lejos (loin), Don Quijote, Mejico...

Le nahuatl est actuellement parlé par plus d'un million de personnes au Mexique. Le quechua était la langue de l'empire des lncas et elle est restée encore aujourd'hui la plus parlée en Amérique Latine : environ 4 000 000 de locuteurs, en Bolivie où, depuis 1968 il est la langue officielle.

 

Le cheli, qui est parti des milieux de la délinquance de Madrid, s'inspire de l'argot de la drogue et du calo (langue des Gitans), qui castillanise des mots venus de l'anglais, mais qui ressuscite aussi des acceptations oubliées de l'ancien castillan. Les jeunes pasotas utilisent au contraire un vocabulaire plutôt châtié, mais avec des mots souvent détournés de leur acceptation premiè et toujours avec une volonté de se poser en s'opposant à la culture traditionnelle des parents et avec un désir de s'affirmer comme appartenant à un même groupe d'âge. Il en résulte un langage un peu cryptique, que seuls les initiés reconnaissent. Ce vocabulaire pasota est né entre  Barcelone et SévilIe mais il a du passer par Madrid pour se trouver consacrer comme phénomène social. Quant au langage du rollo (mot sans doute formé à partir du rock and roll ), il a vu le jour à Séville en 1969 au sein d'un groupe de rockers et a ensuite été largement diffusé à la radio et à la télévision dans des émissions comme "Mundo Pop".

 

 

- Quelques expressions "pasota" (qui aideront les carrozas "ringards") -

i Al loro ! : attention

Pelas : a) pesetas b) taxi

 

Basca : bande (de jeunes), surtout à Madrid    

Rioia libre : cocktail fait de vin et de

Coca-Cola

 

Dar el cante : choquer

Ir al talego : aller en prison

 

Chungo : mauvais

Taco : année (seulement pour l'âge)

 

Comerse el coco : se triturer la cervelle

Titi : nana. fille

 

Currante : travailleur

Tronco : mec, copain

 

Madero : agent de police

Bofia : police

 

Molar : frimer, provoquer la jalousie

Montarselo : s'organiser

 

i Como mola ! : comme c'est chouette !

 

 



Certains mots changent de sens, : colocarse ou estar colocado , à l'origine signifient "planer", dans le sens de "être sous l'effet euphorisant de la drogue", peuvent aujourd'hui se référer à l'absorption d'alcool ou à n'importe quel sentiment de bien-être. Un mot comme muermo , qui désignait dans le langage courant une maladie contagieuse des animaux, a successivement pris le sens de "déprime consécutive à l'absorption de drogue", puis de "déprime" tout court

 

En dehors de l'Espagne péninsulaire, soit environ 40 millions de personnes, l'espagnol est parlé par plus de 260 millions de personnes dont les trois quarts se trouvent sur le continent américain En dehors de l'Espagne, l'espagnol est la langue officielle de 21 pays.

Publié dans Espagnol

Commenter cet article