SHAKESPEARE COMME IL VOUS PLAIRA

Publié le par Eric Balay


écrit par François Laroque
(Editions Découvertes Gallimard)


Shakespeare est un génie universel. On le répète partout aujourd'hui. Mais lui, dans l'Angleterre du XVIème siècle, était d'abord le fils d'un gantier de Stratford, moyemment instruit, curieux de tout. Le décor de la ville, les traditions et les superstitions de la campagne, les fêtes et les divertissements populaires de sa jeunesse nourrissent son œuvre, tout autant que l'histoire des rois et des seigneurs.


CHAPITRE PREMIER : STRATFORD-UPON-AVON (p. 13 - p. 39)

C'est en effet à Stratford qu'un certain John Shakespeare arrive vers 1550 du village voisin de Snitterfield ou son père Richard Shakespeare était un fermier prospère. Il s'installe comme gantier tout en s'enrichissant dans le commerce de la laine et de la viande. En 1557, il épouse Mary Arden, de Wilmcote, petit hameau proche de Snitterfield. Arden était le nom d'une riche famille du comté de Warwickshire et on le retrouve lié à celui de la forêt des environs de Stratford dans comme il vous plaira, comédie pastorale écrite vers 1599.

Située dans une belle vallée boisée, Stratford-upon-Avon était une paisible ville de marché, renommée pouf ses foires. Le nom de Stratford, qui signifie étymologiquement "la route traversant le gué", évoque à lui seul cette position stratégique de carrefour. A Stratford, John Shakespeare prospère et mène une carrière publique (cf. p. 15).

A la date du 26 Avril 1564, on lit sur le registre de la paroisse de Stratford : " Gulielmus filius johannes Shakespere", Guillaume, ou William, fils de John Sakespeare. Celui-ci, troisième des huits enfants de John et Mary Shakespeare, était leur premier fils. Sa naissance le 23 avril, dans une petite maison de Henley Street, correspond symboliquement à la fête de Saint Georges, le saint patron de l'Angleterre.




LA VENUE DE LA REINE :

Attentif aux liesses populaires et aux traditions qui animent les campagnes et les villages aux grandes dates du calendrier, le jeune William a pu également assister au passage des acteurs itinérants. De par sa position de carrefour, Stratford reçoit de nombreuses visites de troupes connues : celle du comte de Leicester en 1573 et en 1576, de lord Strange en 1579, et plus tard, celles du comte d'Essex en 1584 et des Comédiens de la Reine en 1587. Mais le passage d'une reine était une tout autre affaire. En effet, Elisabeth 1ère se rendit en grande pompe en juillet 1575 au château de Kenilworth, voisin de Stratford, à l'occasion de la réception fastueuse qu'y donna pour elle le comte de Leicester. La fête dura trois semaines et se déroula en présence de la Cour.


LES CONTEMPORAINS, LES AMIS, LES MAITRES :

Shakespeare n'apparaît pas brutalement dans un monde littéraire absolument désert. Au XVIème siècle, le théâtre est devenu une institution et un groupe de jeunes gens lettrés entreprend d'y faire carrière. Leur chef de file est John Lily (1544 - 1606), mort à 62 ans, également auteur de romans au style maniéré dont le personnage principal, Euphues, a donné son nom à cette forme de préciosité anglaise que l'on nomme l'euphuisme. Ses pièces sont tantôt des divertissements mythologiques comme "Endimion, l'homme de la lune" (1591) et "Galathée" (1592), ou des comédies empruintes de folklore comme "La Mère Bombie" (1594). Jouées par des compagnies de jeunes garçons, elles remportètrent beaucoup de succès à la Cour.

Quant à Robert Greene (1558 - 1592), mort à 34 ans, rival malheureux de Shakespeare, il écrivait des pièces mêlant les éléments merveilleux et les chroniques historiques, et bâties sur plusieurs niveaux d'intrigues. Mais c'est surtout avec Christopher Marlowe (1564- mort dans une rixe dans une taverne 1593), mort à 29 ans et Thomas Kyd (1558 - 1594), mort à 36 ans à qui l'on doit "La tragédie espagnole" qui influencera notre écrivain pour écrire l'œuvre "Titus Andronicus" (cf. personnage Hiéronimo), que le théâtre élisabethain prend son essor.

Toutes ces dramaturges connurent le succès avant l'arrivée de Shakespeare. Mais, avec la disparition prématurée de Marlowe, l'homme de Stratford avait soudain le champ libre et toutes les possibilités lui étaient alors offertes, comme le dit Greene dans son pamphlet, pour se parer des plumes de ses illustres prédécesseurs.





CHAPITRE II : L'ASCENSION FULGURANTE DE SHAKESPEARE (cf. p. 51 - p. 59)

Intégré à la meilleure troupe du temps, débarrassé prématurément de ses rivaux, Shakespeare peut envisager une gloire rapide et sans mélange.

A l'origine des comédies de Shakespeare, on trouve souvent des légendes populaires ou des farces dans lesquelles le monde est mis à l'envers, comme dans "La Mégère apprivoisée" où Petruchio doit trouver le moyen de brider l'humeur irascible de son épouse Catherine. Les comédies de la maturité, notamment "Le Marchand Venise", soulèvent des problèmes plus graves, tel celui de la nature de la justice. On voit ainsi le Juif Shylock s'apprêter à prélever une livre de chair sur le corps du marchand Antonio, incapable de rembourser sa dette de mille ducats.





CHAPITRE III : LE THÉÂTRE DU MONDE

Gentilhomme, auteur, acteur, comédien du Chambellan, Shakespeare sait utiliser pleinement les ressources que le théâtre du temps met à sa disposition. Diversité des lieux scéniques, bigarrure du public, richesse des types de personnages, tout est en place pour l'élaboration du Grand Oeuvre.


"Totus mundus agit histrionem ", tout le monde joue la comédie. Cet adage de Pétrone est repris par la troupe de Shakespeare qui le grave au fronton du Globe. Pareille conception du théâtre, double de la vie et miroir de la nature, place sur le devant de la scène ce témoin lucide et dérisoire de l'existence humaine qu'est alors le fool , appelé aussi motley (le bigarré) à cause de son habit bariolé.

Les bouffons :

Le personnage du bouffon était un autre de ces rôles spécialisés. Sur la scène élisabéthaine, on fait la distinction entre le "clown", paysan mal dégrossi dont les lapsus avaient une fonction de contrepoint par rapport au langage héroïque ou romantique des autres personnages, et le "fool". Ce dernier était un amuseur professionnel qui portait l'habit bigarré (motley ) et brandissait sa marotte.

En 1588, meurt Richard Tarlton, nabot difforme au nez épaté, dont la vivacité de répartie et la drôlerie étaient célèbres dans tout Londres et avaient même ému la reine. Les Comédiens du Chambellan recouvrent alors au services de William Kemp, clown qui interprétait à merveille les rôles de lourdaud comme celui de Lancelot Gobbo dans "Le Marchand de Venise" ou Dogberry le stupide sergent de ville de "Beaucoup de bruit pour rien". Après le départ de Kemp, qui quitte la compagnie en 1600, Shakespeare embauche Robert Armin, petit homme fluet et subtil, pour qu'il crée des personnages facétieux (Touchstone dans "Comme il vous plaira") ou d'habiles jongleurs intellectuels comme le fou du "Roi Lear". Sous les pirouettes et les fantaisies verbales, le "fool" donne au roi une amère leçon de sagesse.

Le public et les acteurs :

Richard Burbage (1568 - 1619), mort à 51 ans, dont les talents du peintre nous valent cet autoportrait (p. 83), était le fils de James Burbage, fondateur du Théâtre, et surtout l'acteur vedette des Comédiens du Chambellan. Il interpréta à la scène tous les grands rôles du répertoire tragique de Shakespeare.

Images de la monarchie idéale :

La cour d'Elisabeth, dont les manifestations se déroulent au rythme d'un calenndrier bien ordonné, donne l'image d'une constante splendeur. En hiver, saison des Plaisirs (Revels ), elle se rend à Whitehall à l'occasion du 17 novembre, anniversaire de son accession au trône. On organise des tournois somptueux où ses champions, des courtisans comme Sidney Lee ou Robert Ratcliffe, se disputent ses faveurs et l'honneur de servir. Tout ceci dans un grand déploiement d'armures, de chevaux caparaçonnés, de serviteurs à pied ainsi que d'étendards déployant leurs armes et les devises latines qu'ils avaient composés pour elle. Venaient ensuite les fêtes de Noël, dont l'organisation était dévolue au Maître des Menus Plaisirs (Master of the Revels ). Les divertissements comportaient de la musique, des bals, des Masques ainsi que des représentations théâtrales données par l'une des compagnies des théâtres publics ou par les
troupes d'enfants des Blackfriars ou de l'Ecole Saint-Paul. L'été, la reine avait coutume de se déplacer en province avec l'ensemble de la Cour chez ses vassaux. Les merveilleux divertissements donnés en son honneur se déroulaient en plein air, dans des jardins et sur des lacs où avaient lieu des fêtes nautiques suivies de feux d'artifice.

Palais et jardins :

Kenilworth, Theolbalds et Hatfield, grandes demeures dotées de parcs emblématiques, reproduisaient sur leurs massifs taillés les armoiries de la famille. C'est en ces jardins qu'avaient lieu les grandes fêtes d'été données en l'honneur de la reine qui retrouvait ainsi les marques allégoriques de son image et de son empreinte sur le monde.






CHAPITRE V : DE LA DÉCADENCE AU BAROQUE

La grande Elisabeth est morte; Jacques 1er lui succède, et Shakespeare perd ses dernières illusions. L'inquiétude, le doute, puis le désenchantement envahissent un théâtre où le machiavélisme triomphe sans laisser espérer qu'on puisse même le combattre. Tout n'est plus que Masque.

L'accession au trône de Jacques 1er :

Le 24 mars 1603, veille de la fête de l'Annonciation et début officiel de l'année civile en Angleterre, Elisabeth 1ère s'éteint. C'est la fin d'une dynastie, d'une époque : un terme. En l'absence de tout héritier direct, on dut offrir la couronne à Jacques VI d'Ecosse, un Stuart, cousin éloigné à la reine.

Très vite Jacques 1er protège la troupe du Chambellan et fait de ses acteurs les Comédiens du Roi. Prenant à coeur sa nouvelle appellation, la compagnie donne onze représentations de novembre 1604 à 1' automne 1605. Pour le plus grand plaisir du souverain, elle choisit sept pièces de "Shakespeare dont deux nouvelles, Mesure pour mesure et Othello.. L'auteur est alors à l'apogée de sa gloire.

En collaboration avec l'architecte Inigo Jones, responsable des décors et des machines, Ben Jonson produisit une trentaine de Masques, qu'il définit comme "l'éphémère splendeur de la nuit". Ces spectacles luxueux n'étaient généralement joués que pour une seule soirée.

Sur le plan politique, Jacques 1er met l'accent sur la réunion des deux royaumes d' Ecosse et d' Angleterre et la notion d'empire commence a faire son apparition. La compagnie de la Virginie recrute des " volontaires" pour aller peupler ces nouveaux territoires auxquels Sir Walter Raleigh a donné le surnom de la reine Elisabeth (Virginia, c'est a dire la Reine Vierge). L' intérêt que suscite alors le nouveau monde se retrouve dans "La Tempête", où Shakespeare met en scène le conflit entre le civilisateur que veut être le mage Prospère, et Caliban l'indigène réfractaire à la culture.

Le Globe en feu :

Le 29 juin 1613, alors qu'on jouait "Henri VIII" au Globe, dont Shakespeare était encore actionnaire, le tir à blanc d'une salve mit le feu au toit de chaume et le théâtre brûla entièrement, l'incendie ne fit aucune victime mais il contribua certainement a hâter le retour de l'auteur dans sa maison de New Place , à Stratford. C'est là qu'il écrit tes deux nobles cousins, en collaboration avec John Fletcher, avec qui il avait déjà composé "Henri Vlll", selon une pratique très commune à l'époque. Mais, cette fois, on a quelque mal à retrouver la main de Shakespeare dans une oeuvre plutôt statique et d'un style hautement mélodramatique.

La "retraite" et les affaires locales :

Tout ce qu'on sait des dernières années de sa vie se résume à des documents montrant qu'il prenait à cœur la gestion de ses affaires.

En 1614, son nom apparait à l'occasion d'une épineuse affaire d'enclosures sur des terres dont il était en partie propriétaire à Stratford. Pour connaître les fins fonds de cette affaire et celle de sa fille Judith et son gendre Thomas Quiney, veuillez, chers lecteurs, vous reporter aux pages 126 - 127. William Shakespeare s'éteint le 23 avril (le même jour que Miguel Saavedra Cervantes - 1547-1616, mort à 69 ans), le jour de son 52ème anniversaire.

Les derniers adieux :

Sa pierre tombale, dans l'église de la Sainte-Trinité, porte cette inscription qu'il a, dit-on,
composée :

"Ami pour l'amour de Jésus abstiens-toi
De déranger la poussière qui est enclose ici,
Béni soit celui qui épargnera ces pierres,
Et maudit celui qui touchera à mes os."

Sur le buste en pierre des Cotswolds, sculpté par l'artiste flamand Gheraart Janssen, l'écrivain tient une plume d'oie dans la main droite, une feuille de papier dans la gauche et regarde devant lui, l'œil plutôt vide, ce qui a pu faire dire qu'il avait l'air d'un "charcutier satisfait".





LES PLUS GRANDES TRAGÉDIES SHAKESPEARIENNES


HAMLET :

C'est sans doute la pièce qui est la plus connue après "Roméo et Juliette", surtout par sa célèbre réplique : "être ou ne pas être telle est la question".

Elle raconte l'histoire d'un jeune prince (Hamlet) qui vient de perdre son père. Cependant peu de temps après, sa mère s'est remariée avec son oncle, ce qui bien évidemment lui déplait assez.

Par la suite, il voit le fantôme de son père qui vient l'avertir qu'il a été assassiné par son frère et qui lui demande vengeance. Hamlet va s'exécuter et en se faisant passer pour fou, il va tenter et réussir au prix de sa vie de renverser le roi qui a usurpé le trône du Danemark.



ROMÉO ET JULIETTE :

C'est la pièce qui a la plus grande renommée, elle raconte l'histoire d'amour tragique de deux ados qui pourtant ne pouvait exister puisqu'ils appartenaient à deux familles mortellement opposées (les Montaigus et les Capulets). Les deux amoureux avaient le dessein de réunir et de concilier leurs deux familles, mais le destin en a voulu autrement, puisque le prix versé par les Montaigus et les Capulets fut la mort de leurs enfants...



MACBETH :

Cette pièce parle des dangers d'une ambition maladive et des remords que cela entraîne chez un homme à l'origine vertueux et des moyens de l'assouvir.

Elle raconte l'histoire du chevalier Macbeth qui sur le retour de bataille qu'il a mené pour son Roi, rencontre avec son ami Banquo, un groupe de sorcières qui leur prédisent leur avenir : Macbeth obtiendra un titre de seigneur puis deviendra Roi, Banquo engendrera des rois. Et effectivement quand ils se présentent devant le Roi, celui-ci accorde un titre de seigneur à Macbeth. Faisant part de cette rencontre à sa femme (Lady Macbeth), celle-ci le persuade d'assassiner le Roi pour achever la prophétie, ce qu'ils font. Mais une fois Roi, il est de nouveau préoccupé par la prophétie qu'a reçu son ami Banquo, il va donc essayer de l'assassiner ainsi que son fils mais ce dernier arrive à s'échapper... Les autres seigneurs mécontents de son comportement s'unissent pour essayer de le détrôner...

Retournant voir les sorcières, elles lui prédisent qu'il ne sera vaincu que par un enfant qui n'est pas né de sa mère et par une forêt qui bouge. Se sentant donc invincible, il attend donc l'assaut de ses ennemis qui le tueront...

"La vie est une fable pleine de rage et de fureur racontée par un idiot et qui ne signifie rien..." (Macbeth Acte 5, scène 5).



OTHELLO:

Cette pièce parle d'Othello, le More de Venise qui vient d'épouser Desdemone. Son aide de camps lago qui est furieux de ne pas avoir eu de promotion puisque c'est Cassio qui a été nommé lieutenant décide d'obtenir réparation en causant la perte de ces derniers. A force de perfidie et de traitrise, lago arrive à persuader Othello que Cassio est dangereux (en organisant un piège) et peu à peu insinue auprès d'Othello que sa femme Desdemone le trompe ouvertement avec son lieutenant fraichement promu. Mais pour arriver à ses fins, il fait semblant de vouloir aider Cassio, mais c'est pour mieux réussir à le compromettre.

Ivre de jalousie, Othello ordonne à Iago de se charger d'assassiner Cassio, mais en définitive, ce dernier se retrouve seulement blessé. Pendant ce temps, Othello s'entretient avec sa femme qui lui certifie sa pureté. Croyant qu'elle lui ment, il la tue. Des soldats, venus parler de ce qui vient d'arriver à Othello le découvre à côté de sa femme morte. Il avoue alors son crime et se suicide. Mais avant celà, le traître Iago a été démasqué et se retrouve arrêté.

Publié dans Anglais

Commenter cet article