New York

Publié le par Eric Balay

Giovanni Verrazano, navigateur italien au service de François 1er, fut sans doute le premier européen à pénétrer dans la baie de New York, en 1524, alors qu'il e plorait la côte nord de l'Amérique à la recherche d'un passage vers le Pacifique.

En 1609, un mystérieux Anglais employé par les Hollandais, Henry Hudson, tenta de localiser le passage du Nord-Ouest vers la Chine. Hudson fut aussi malheureu que Colomb; il tomba sur le fleuve qui porte maintenant son nom, le remonta jusqu'à l'actuelle ville d'Albany, rencontra en chemin une tribu d'Amérindiens et comprit qu'il s'était perdu. Il n'en revendiqua pas moins cette "fausse Chine" au profit de la Hollande. Ainsi commença la conquête de New York.

Les capitaines de vaisseau hollandais furent bientôt dans le sillage de Hudson. En 1626, la Compagnie fit de Peter Minuit le premier gouverneur général de la "Nouvelle-Hollande", ainsi quue s'appelait la petite colonie. Minuit avait aussi une âme de promoteur immobilier. Pour 24 dollars de babioles, il acheta l'île de Manhatan à un groupe d'Algonquins qui s'y trouvait. Ce fut la plus belle opération foncière de tous les temps... et un énorme mensonge (cf. p. 16-18 des "Découvertes Gallimard".

Minuit n'était qu'un fantôme de plus dans un Nouveau Monde fantomatique. Comment sa colonie pouvait-elle être viable ? En 1664, les Anglais prirent New Amsterdam au Hollandais sans avoir à tirer un coup de feu. Ils investirent simplement le port avec une flotte de quatre navires et attendirent que les Hollandais se rendent, ce qu'ils firent. New Amsterdam devint New York en un demi-clin d'oeil.

En  1765,  le Parlement anglais décida de lever un nouvel impôt dans ses colonies américaines en instituant le Stamp Act : tout acte public ou document imprimé devait porter un timbre fiscal. La réaction des colons fut aussi prompte que véhémente (cf. p. 18 des "Découvertes Gallimard").

En 1790, New York avait la plus dense concentration d'habitants du Nouveau Monde : 33 000 âmes. Pendant un bref laps de temps, ce fut la cité impériale de l'Amérique, à la fois capitale de l'Etat de New York et de la nation. L'Etat déménagea à Albany en 1797.

En 1835, un immense incendie ravagea la ville. La ville lança un marché boursier en 1792 un quartier voué au affaires : Wall Street. Le plus visionnaire de tous les New-Yorkais fut probablement De Witt Clinton, premier grand chef politique de New-York. Ce fut sous son mandat de maire de 1803 à 1815 qu'on forma une commission destinée à planifier le tracé des futures rues de Manhattan. De Witt Clinton et ses commissaires conçurent une ville de 2 028 blocks, la "grille" de Manhattan.

John Jacob Astor (1763 - 1848), mort à 85 ans, devint l'homme le plus riche du monde en achetant parcelle après parcelle de terrain jusqu'à posséder presque toute l'île de Manhattan.

En 1860, New York vit arriver 105 123 immigrants, dont 45 % d'Irlandais et 36 % d'Allemands. Vers 1850, presque un tiers de la ville était irlandais.

New York entretint une curieuse affinité avec le Sud jusqu'au tout début de la guerre de Sécession (1861 - 1865). De nombreux marchands s'étaient alliés avec les planteurs sudistes et n'avaient aucune envie de voir l'esclavage prendre fin. Le maire Wood lui-même était un copperhead , un de ces démocrates du Nord non conformistes qui s'opposaient à la guerre. Ce fut sa propre "armée" irlandaise qui contribua à précipiter les émeutes de 1863 contre la conscription - ou Draft Riots . Un acte de conscription injuste permettait à tout homme en mesure de payer 300 dollars au gvt d'échapper à l'enrôlement. Des bandes d'ouvriers hostiles, dont beaucoup d'Irlandais, détruisirent les bureaux de recrutement du gouvernement à Manhattan et attaquèrent des Noirs les accusant d'être la cause de la guerre. Ils mirent le feu au Colored Orphan Asylum (l'orphelinat pour enfants de couleurs) sur la 5ème Avenue, à la hauteur de la 43ème Rue. Une petite fille périt. 18 Noirs furent pendus par la foule. Le gouverneur Horatio Seymour déclara la ville en état d'insurrection.

New York était le principal port d'accès au USA; au cours de la seule année 1900, un million d'âmes passèrent dans ce parc à bestiau qu'était Ellis Island et furent "marqués" du sceau de l'Amérique.

La guerre sortit l'Amérique et New York de la dépression. New York devint la capitale du XXe siècle.
L'art avait traversé l'Atlantique. L'école de New York regroupant les jeunes "fauves" de l'expressionnisme abstrait - Arshile Gorky, Willem De Koening, Mark Rothko, Jackson Pollock, Andy Warhol - supplanta totalement Paris. Un nouveau langage pictural était né, un langage aussi vibrant que le vacarme effronté et discordant de New York.

La géométrie provocante du cubisme avait explosé en une géométrie du chaos.


En 1799, l'Etat de New York institua une loi conçue pour abolir progressivement l'esclavage dans tous ses comtés. Le dernier esclave de New York fut affranchi le 4 juillet 1827.



NEW YORK DU BOUT DES TOITS

Néo-gothiques ou Art déco, les plus beaux gratte-ciel glorifient le business-roi. Mais pour apprécier pleinement la créativité des architectes, il faut les voir d'en haut.

Au début des années trente, la maison de disques RCA demanda aux architectes Cross et Cross d'élever un bâtiment près de l'église St Batholomew's. Bijou Art déco, la couronne dentelée devait symboliser l'énergie électrique. L'image convenait à merveille à la Général Electric qui reprit l'immeuble et en fit son emblème.



CHRYSLER BUILDING CARROSSE COMME UNE PLYMOUTH 1929

Walter Chrysler voulait dédier une tour à la gloire de sa firme automobile et à l'idée du progrès. L'architecte William Van Alen décida qu'elle serait la plus haute du monde avec 319 mètres. Achevée en 1930, elle ne le resta pas longtemps, détrônée par l'Empire State Building.




RIVER HOUSE : UN PALAIS EN PLEIN CIEL

Réservé aux plus riches parmi les riches, le River House, construit en 1931, ne comptait pour son inauguration qu'une soixantaine de logements mais son faste était inégalé.



WOOLWORTH BUILDING : CATHEDRALE DU NEGOCE

Achevé en 1913, c'est le premier gratte-ciel new-yorkais. Frank Woolworth influença le choix de l'architecte     Cass Gilbert. Le bâtiment a 241 mètres de haut.



CARLYLE HOTEL : LE TOURNEVIS GEANT

Inspirée de la cathédrale de Westminster à Londres, tour Carlyle doit également beaucoup à Rome et à Byzance. Moins originale que d'autres bâtiments style années trente qui dominent Central Park, la tour Carlyle se distingue cependant par son harmonieuse silhouette. Au faîte, les retraits successifs aménagés en terrasses font une gracieuse transition avec le toit octogonal et son capuchon doré. Ce qui lui vaut le surnom de "tournevis".



BUSH BUILDING : LE CHOIX DE LA FINESSE

L'architecte Harley Corbett a réussi son pari. En 1916, une loi urbaine vient bouleverser le développement de New York, contraignant les architectes à réduire le volume des gratte-ciel et à affiner le corps des bâtiments. On a souvent dit que le Bush Terminal Building, achevé en 1919, avait accompagné, voire anticipé la réforme.

 

BROOKLYN CHAMBER OF COMMERCE : DES BALCONS IMPOSES PAR LA LOI

En 1927, pour prouver que Manhattan n'a pas le monopole de la croissance facile, le district de Brooklyn confie à un architecte la construction d'un gratte-ciel dans le style du Woolworth Building. La tour carrée de style gothique, typique des bâtiments à retraits successifs imposés par la loi de 1916, s'élève dans les airs en rétrécissant, ouvrant l'espace aux balcons et aux terrasses.



CITY CORP  :  LE   RETOUR  DES FORMES

A 277 mètres, le célèbre pan coupé du Citicorp affirme l'originalité de ce grate-ciel construit en 1977. On a successivement refusé à Hugh Rubbins d'y construire des appartements en terrasses et d'y installer des capteurs solaires. En 1984, l'architecte Philip Johnson réveillait Manhattan, avec son confrère John Burgee, il érigeait la tour AT&T. Un hommage aux périodes Art déco et au style Chippendale, avec son fronton incurvé.




AMERICAN RADIATOR BUILDING : TOUT POUR LA FIRME

Construit en 1924 par l'architecte Raymond Hood, l'American Radiator symbolise à jamais le gratte-ciel au service de l'entreprise.

Un certain Elisha Otis vient d'inventer la "sécurité en ascenseur". En 1916, la municipalité promulgue une loi de planification urbaine. Ainsi, seront érigés les fameux immeubles à retraits successifs, appelés "escaliers sans rampe" par Paul Morand. Bien avant les autres, l'architecte Cass Gilbert a saisi la force symbolique émanant des sommets. "Une fantaisie de feu et d'argent", tel est le thème de la grande fête des Beaux-Arts, organisée en 1931, que relate l'architecte Rem Koolhas dans son ouvrage "Delirious New York". Alors que Van Alen était choisi pour imaginer un bâtiment à la gloire de la firme automobile, l'architecte H. Craig Severance lançait la construction de la Bank of Manhattan, proclamée par avance la plus haute tour du monde avec 268 mètres. Van Alen annonça alors son intention d'élever le Chrysler Building à 280, 3 mètres.  

Mais la roublardise de Van Alen atteignait elle aussi des sommets. Il dessina en secret la fameuse flèche en acier de 30,2 mètres. Montée en cachette au sommet du bâtiment, elle fut installée en quatre-vingt-dix minutes. Sa rivale à peine inaugurée, le Chrysler Building pouvait culminer à 319 mètres. Mais le triomphe de Van Alen fut de courte durée. Quelques mois plus tard, la tête de l'Empire State Building flottait dans les nuages, à 381 mètres de hauteur. Envoyant Van Alen aux oubliettes. L'architecte ne fut payé qu'au terme d'un procès ruineux. La firme automobile n'occupa jamais les locaux, mais le Chrysler Building, restauré en 1995, brille de ses feux éternels sur Big Apple.






Publié dans Etats-Unis

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