Les beaux-arts des Etats-Unis

Publié le par Eric Balay

Alors que l'Eglise catholique a toujours encouragé les arts comme un moyen de toucher les âmes, les protestants rejettent toute manifestation d'art sacré, car elle détourne le fidèle de sa méditation. Cela explique que la peinture religieuse soit inexistante dans les églises coloniales. Les seuls tableaux que cette époque nous ait légués sont des portraits, le plus souvent œuvres de peintres anonymes.

Il semble que ce soit Smibert qui ait introduit à Boston le goût européen. Ses personnages à perruques bouclées, élégants dans leurs vêtements de velours ou de satin, manquent d'originalité. Beaucoup plus révélateur est le talent d'un des élèves de Smibert,
Robert Feke (1705 -1750), mort à 45 ans. Nous savons rien de son existence; il nous faut citer quelques portraits : celui du révérend Thomas Hiscox (1745) le plus fameux, celui de
Charles Calvert (1761) et celui de John Hesselius.

Dans le monde strict du puritainisme, John Greenwood, artiste de Boston a su jeter un éclair de malice grâce à son fameux tableau "Sea captains carousing at Surinam" ("Capitaines festoyant en Surinam") (1757 - 1758). Cooke, futur gouverneur de Rhode Island, Hopkins, futur commandant de la Marine, et bien d'autres joyeux compagnons se livrent à des orgies de boisson, en subissent les désastreuses conséquences et se font des farces grossières.

La même année 1738 vit naître deux des peintres les plus renommés du XVIIIeme siècle, John Singleton Coopley et Benjamin West (1738 -1820), mort à 82 ans. Né à Boston de parents irlandais, Coopley perdit son père quand il avait dix ans. C'est dans l'atelier de son beau-père , Peter Pelham, qu'il eut l'occasion de voir et d'étudier les copies des œuvres de maîtres européens et très jeune, il se mit à travailler avec acharnement. Désireux de se rapprocher des milieux artistiques britanniques et encouragé par West et Reynolds, il se décida en 1774 à partir pour la Grande-Bretagne où il passa la moitié de son existence. Ses qualités de peintre se révèlent dans une de ses œuvres de jeunesse, le portrait de Paul Révère. A sa galerie de portraits s'ajoute une œuvre curieuse intitulée "Brook Watson et le requin" (1778) (cf. histoire du tableau, p.121-122 du livre sur les Etats-Unis, Ed. Larousse). Bien qu'il ait vécu longtemps en Grande-Bretagne, il n'a jamais pour cela renoncé à son pays.

L'histoire raconte que c'est à dix ans que Benjamin West, de Philadelphie, commença à peindre et qu'il signa son premier portrait à l'âge de quinze ans. Peu de temps après, il fit voile vers l'Italie et fut ainsi le premier peintre américain qui étudia dans ce pays. Sur le chemin du retour, il fit un crochet par la Grande-Bretagne et y fut reçu avec de telles marques d'enthousiasme qu'il décida d'y rester. De très nombreux élèves fréquentèrent son atelier, et sa renommée devint telle que George III le nomma son peintre officiel (cf. son tableau le "Traité de Penn avec les indiens"). Le plus grand mérite de Benjamin West est d'avoir groupé autour de lui de jeunes talents et de leur avoir appris la technique (Charles Willson Peale, John Trumbull et Gilbert Stuart). West a, en un sens, créé l'école de peinture américaine.

Brillant élève de West, Gilbert Stuart (1755 -1828), mort à 73 ans dut sa réputation au succès d'une de ses toiles, le "Patineur", exécutée à Londres; on alla jusqu'à le comparer à Gainsbourough (1727 - 1788), mort à 61 ans. Revenu aux Etats-Unis, il reçut des centaines de commandes, et Washington lui-même posa pour lui. Dans cette galerie d'hommes célèbres, le chef-d'œuvre de Ralph Earl, est sans conteste le portrait de Roger Sherman, cordonnier de New Haven que la politique avait attiré et qui, finalement, aura été le seul à avoir signé les quatre grands document de l'Indépendance américaine. La tradition du portrait se conserva durant tout le XIXeme siècle. Les portraitistes les plus en renom, au début du siècle, sont Edward Greene Maibone, miniaturiste, William Hubard, Chester Hardings, John Neagle, Thomas Sully, et plus tard, George Peter Alexander Healy, qui peignit tous les grands personnages du monde, Samuel Finlay Breese Morse et enfin Raphaelle, fils de Charles W. Peale.

Dès le début du XIXeme siècle,  la nouvelle génération de peintres va être touchée par le romantisme. Washington Aliiston (1779 - 1843), mort à 64 ans, s'embarqua pour l'Angleterre, d'où il passa ensuite en Italie et en France. Idéaliste, il s'est plu à représenter des paysages de rêve, comme le paysage lunaire (1819) du musée de Boston. La représentation des paysages a tenté très peu de peintres avant le premier quart du XIXème siècle. Au siècle précèdent, ce genre avait été très peu apprécié, même en Grande-Bretagne, et il fallut attendre le romantisme pour que commençât le dialogue de l'homme avec la nature. Thomas Cole (1801 - 1848), mort à 47 ans, remonta les bords de l'Hudson jusque dans les montagnes des Catskill et parcourut les Adirondacks. Il fut l'un des premiers à traduire la beauté des rivières, des montagnes à l'état sauvage et des forêts que la hache n'avait pas encore touchées. Parmi les nombreux peintres naturalistes, on peut citer Asher Brown Durand, George Inness (1825 - 1894), Georges Caleb Bingham (1811-1877), mort à 66 ans et George Collin (1796 - 1872),mort à 76 ans.

Tandis que le Far West attirait les curiosités de quelques artistes épris d'aventures, d'autres, au contraire, élevés dans l'élégance et le raffinement intellectuel de la côte est, ne pouvaient se passer de l'Europe. Parmi les plus grands se rangent James Abbott Mac Neill Whistler, John Singer Sargent (1858 - 1925), mort à 67 ans et Mary Cassatt (1845 - 1926), mort à 81 ans.

Whistler (1834 - 1903), mort à 69 ans, naquit à Lowell (Massachusetts), d'une famille de puritains. Il partit étudier l'art à Paris après son renvoi de l'école militaire de West Point. Courbet fut un des premiers à lui donner des conseils. Etabli ensuite à Londres, il se plut à peindre la Tamise à la tombée de la nuit.

Sargent, fils d'un médecin de Philadelphie qui s'était retiré en Europe, naquit à Florence, dans un milieu aisé, cultivé et élégant. Le portrait des "Filles du docteur Bait", exposé au Salon de 1883, lui acquit l'estime des critiques et du public. L'année suivante, le portrait de Madame Gautreau remporta à Paris un succès de scandale, causé par le décolleté de la personne. Traversant la Manche, il s'installa à Londres avec sa mère et sa sœur. De cette période (1884 - 1887) datent les portraits de R.L Stevenson et de Madame Suzanne Poirson; suit "la jeune Égyptienne" (1891).

Mary Cassatt, la première et la plus grande femme peintre américaine, quitta Philadelphie pour l'Europe en 1886, alors qu'elle avait seulement 22 ans. Après des voyages à travers l'Europe, elle choisit Paris pour résidence, se lia à Degas et à Monet, et fit siennes les recherches des impressionnistes. Il est curieux de noter que cette femme qui ne se maria jamais et n'eut jamais d'enfants affectionna par-dessus tout le thème de l'amour maternel, le groupe mère et enfant, qu'elle répéta dans ses tableaux des centaines de fois.

Au XXème siècle, ce sont des amateurs, des "peintres du dimanche", qui continuent la tradition des "primitifs". Horace Pippin, né en 1888 d'une famille de Noirs de Pensylvanie, reçut, pendant la Première Guerre mondiale, une blessure qui lui paralysa en partie le bras droit. Sa pension lui permit de ne pas travailler, et il s'exerça à la peinture, soutenant sa main droite malade de la gauche. Une ;de ses toiles les plus connues représente John Brown (le célèbre abolitionniste américain) emmené au supplice. Elle mourut à l'âge de 75 ans. En 1938, ses toiles furent remarqués par un collectionneur de Manhattan, et très rapidement ce fut la gloire et la fortune.

Toujours dynamique, l'art américain est en perpétuelle évolution. Si le réalisme des "primitifs" a de nombreux adeptes, Pop'art", l'art des illusions d'optique, et surtout le "pop'art" issu du dadaïsme, en ont aussi beaucoup.


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