Définitions stylistiques - de E à H

Publié le par Eric Balay

ECHOLALIE : Répétition de la dernière syllabe d'un mot, du dernier mot d'une phrase ou de la dernière phrase d'un discours, en écho :

Octave : "Et tu tiens ces nouvelles de mon oncle ?" Sylvestre : "De votre oncle"

Octave : "A qui mon père les a mandées par une lettre ? Sylvestre : "Par une lettre"

L'écholalie est aussi un trouble, qui est utilisé comme tel par Beckett (cf. En attendant Godoti

ELEGIE : Lyrisme personnel sur un sujet tendre ou mélancolique.

Ex : La plaintive élégie en longs habits de deuil Sait les cheveux épars gémir sur un cercueil; Elle plaint des amants la joie et la tristesse (...)

Boileau, Art poétique

ELISION : Phénomène qui se produit quand une voyelle est effacée. Cela permet d'éviter le hiatus.

Ex : le orage,   l'orage

N.B. : Si le "e" muet précède une consonne, l'élision ne se fait pas. Le "e" muet se prononce en poésie, sauf s'il est suivi d'une voyelle. Le "e" muet n'est pas comptabilise à la rime.

ELLIPSE : Suppression de mots qui seraient nécessaires à la plénitude de la construction, mais que ceux qui sont exprimés font assez entendre pour qu'il ne reste ni obscurité ni incertitude

ENJAMBEMENT  : Fin d'un vers est repris au début du vers suivant. Nous pouvons en citer trois sortes : abrupt, médiane et versai.

EPANADIPLOSE : Lorsque, de deux propositions corrélatives, l'une commence et l'autre finit par le même mot, on appelle ce phénomène epanadiplose

EPANALEPSE : Répéter un ou plusieurs mots, ou même un membre de phrase tout entier.

EPANORTHOSE : Revenir sur ce qu'on dit ou pour le renforcer, ou pour l'adoucir, ou même pour le rétracter tout à fait

EPENTHÈSE  : Addition, insertion d'une lettre, ou même d'une syllabe au milieu d'un mot.

EPIGRAMME : Petit poème satirique (cf. ceux de Martial)

Ex. :             Après l'Agésilas,

Hélas !

Mais après l'Attila,

Holà!

(Boileau à propos de Corneille)

EPIPHANIE : Quelque chose de réel est perçu par l'auteur comme significatif et transcrit dans sa nudité.

EPIPHORE : Placer le même mot ou groupe à la fin de une ou plusieurs membres de phrases.

EPITHALAME : Chant nuptial, puis poème composé à la louange des nouveaux époux. Un des plus célèbres est l'Epithalame de Thétis et de Pelée, les parents d'Achille, par Catulle. Le genre connaît un certain succès à la Renaissance, férue des formes de l'Antiquité, puis il ne sera plus guère illustré. Citons cependant le poème lu par Apollinaire au mariage d'André Salomon :

Ex. :            Réjouissons-nous parce que directeur du feu et des poètes

L'amour qui emplit ainsi que la lumière

Tout le solide espace entre les étoiles et les planètes

L'amour veut qu'aujourd'hui mon ami André Salomon se marie

EPITROCHASME : Accumulation de mots courts et expressifs. Elle est fréquente dans l'invective.

ÉPOPÉE : Long récit en vers racontant les exploits extraordinaires de héros et recourant au merveilleux.

ESSAI : Ouvrage littéraire en proses, de facture très libre, traitant d'un sujet qu'il n'épuise pas ou réunissant des articles divers.

EUPHEMISME : On déguise des idées désagréables, odieuses ou tristes sous des noms qui ne sont point les noms propres de ces idées.

EXPLECTIF : Terme qui s'exprime naturellement par lui-même.

FABLE : Poème, récit en vers (cf. parabole)

FATRASIE : Genre poétique du Xllème siècle originaire du nord de la France et caractérisé par sa forme et son contenu. La fatrasie comporte plusieurs strophes sur le schéma suivant : aabaab 5 babab 7. Elle dérive de la rêverie du Xllème siècle et n'offre que des propos insensés, comme les adynata. Là fatrasie ne comporte qu'une strophe, c'est-à-dire la strophe de la fatrasie précédée d'un distique dont les vers repris encadrent la strophe : ABAbbab-babaB, comme chez Baudet Herenc, au XVème siècle :

Ex :             "La femme est comme un ange

Qui se souvient des cieux.

La femme est un ange,

Dis-je vrai ? Ou bien mens-je ?

On le lit dans ses yeux :

Son cœur est sans mélange (...)

Elle, presse l'orange

Au goût délicieux;

Est bien près de la fange

Qui se souvient des cieux."

Fatras moderne de Morier

GEMINATION : Redoublement de la syllabe initiale dans les formation du type «fifille, bêbête...

GLOSSOLALIE : Verbigération (production d' un texte dépourvu de sens général, quoique les syntagmes, pris isolement, soient le plus souvent intelligibles et paraissent normalement agencés) à caractère religieux qui peut tendre jusqu'à la prophétie.

HAIKU : Poème japonais de 17 syllabes réparties en trois vers de 5, 7 et à nouveau 5 syllabes. C'est Bashô au XVIIème siècle qui fut l'initiateur de ces formes brèves, en réaction contre la création collective. Le mot s'est répandu au XXème siècle sous l'influence de Shiki et de son disciple Kyoshi. Le haiku, dabs saz brièveté, permet seulement un trait descriptif ou l'évocation d'une sensation :

Kiri hitoha               Feuille de paulownia

hi atarinagara                   où donnait le soleil tout

ochinikeri                    au temps de sa chute

Kyoshi

HAPLOGRAPHIE : Faute de copiste, qui saute un petit segment de texte trompé par l'identité de l'élément initial et de l'élément final.

HAPLOLOGIE : N'énoncer que l'une des deux articulations semblables.

Ex : Implicite au lieu d'implicitité.

HENDIADYN : Dissocier en deux éléments, coordonnés, une formulation qu'on aurait attendue normalement en un seul syntagme dans lequel l'un des éléments aurait été subordonné à l'autre

Ex. : "Elle et ses lèvres racontaient'   (Eluard, Dict. abrégé du surréalisme)

HIATUS : La voyelle à la fin d'un mot ne s'unit pas à l'autre au début du mot suivant. C'est le phénomène contraire de la synaléphe :

Ex. :   y tan verdes como / él (7 + 1 = 8)

HOMÉOTÉLEUTE : On place à la fin des phrases ou des membres de phrase des mots de même finale.

Ex. : "(...) celui (qui) joue aux dés, aux osselets, au jeu des gobelets"

Saint-John Perse, Anabase

HYPALLAGE (Fem.) : On parait attribuer à certains mots d'une phrase ce qui appartient à d'autres mots de cette phrase, sans qu'il soit possible de se méprendre au sens (cf. exemple du Litre, p.235)

Ex. : "Je ne viens point ici, par de jalouses larmes,

Vous envier un cœur qui se rend à vos charmes"

Racine, Andromaque

HYPER BATE : Alors qu'une phrase parait finie, on y ajoute un mot ou un syntagme qui se trouve fortement mis en évidence

HYPERBOLE : Procédé qui consiste à mettre en relief une expression en employant des mots qui vont au-delà de la pensée (Contraire : litote).

Ex. : un géant = homme de haute taille, "la vie dure le temps d'un sourire"

HYPERHYPOTAXE : Insérer des subordonnées en trop nombre.

HYPERONYME : Terme lié à un autre par une relation de genre à espèce, ou d'espèce à individu : fleur est un hyperonyme de violette ou , qui en sont inversement des hyponymes. La relation d'hyperonymie est fondamentale dans les définitions, les synedocques du genre ou de l'espèce et souvent aussi pour annoncer ou clore les énumérations.

HYPOTAXE : Construction de la phrase par subordination. L'hypotaxe explicite ainsi les liens entre les propositions. C'est l'hypotaxe qui domine dans la période liée. La parataxe, au contraire, ne marque pas les liens de dépendance, en particulier dans la juxtaposition. Elle est fondamentale dans le style coupé.

Publié dans Français

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